alarme ---------- 2019

Alarme, 2019, vidéo HD couleur 7'31" en boucle,

avec : Mahalia Köhnke-Jehl, Laure Mathieu, Camille Miraillet, Caroline Reveillaud,

Micheál Mac Aingleoint (voix off)

Pour Prologue, Tania Gheerbrant créé une nouvelle installation vidéo qui examine simultanément le rapport entre le temps réel, le temps différé et les liens sous-jacents entre ces deux médiums : vidéo et performance. Conçues comme des performances filmées, les vidéos de Tania Gheerbrant sont toujours interprétées par un groupe d’amis qui se laisse envahir dans son intimité. Cette fois, le protocole invite les protagonistes à simuler et rejouer des paroles déjà écrites et pré-enregistrées. Cet échange en monologue, où les performeurs ne sont plus que des incarnations de la parole, questionne notre rapport à l’autre et à soi dans un monde contemporain où le smartphone est devenu roi. Une réflexion mise en exergue dans un décor rempli de mousse, un espace mou dans lequel ce groupe d’individus s’affalent autour de deux sculptures table-fontaines - aux fux continus et infinis - auxquelles ils s’abreuvent. Rappelant à la fois le mou politique, le confort et l’enlisement dans le lieu commun, la mousse dans sa constitution alvéolaire évoque à l’opposé la théorie du multivers et sa conception de l’univers à un niveau atomique. De l’un à l’universelle, Gheerbrant tente de décortiquer nos manières d’être au monde - comment y survivre et comment y trouver sa place. Entre le liquide, le mou, le multiple et l’éveil - politique, social et psychologique

Alexandra Goullier Lhomme

Prologue commissariat : Alexandra Goullier Lhomme, Sandrine Honliasso, Alexandra Pedley

 

Prologue I : Tongue on tongue, nos salives dans ton oreille

Galerie Allen, Untilthen, KADIST, Villa Radet - Cité internationnale des arts, espaces publics

 

Abdul Abdullah, Julieta Aranda, Maurice Blaussyld, Eve Chabonon, Chto Delat, Dora García, Dorota Gaweda & Eglè Kulbokaitè, Tania Gheerbrant, Lola Gonzàlez, Ibro Hasanović, David Horvitz, Barbara Kapusta, Mason Kimber, Naomi Lulendo, Ibrahim Mahama, Shitamichi Motoyuki, Gabriele Rendina Cattani, Garance Wullschleger

Photogrammes : Alarme, 2019, vidéo HD couleur 7'31" en boucle,

avec : Mahalia Köhnke-Jehl, Laure Mathieu, Camille Miraillet, Caroline Reveillaud,

Micheál Mac Aingleoint (voix off)

sous titres :

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1

 

 je me suis disputé avec un ami

 j’étais si triste qu’une larme a coulé

elle est tombée sur ma joue

puis sur le sol

dans la terre

et l’a toute imbibée

la racine d’une plante l’a bue

 

 

2

 

oui ok

donc

la montre c’est un mécanisme qui agit

comme un automate.

qui marche tout seul

qui s’autorégule

ce n’est pas l’inhumain mais justement

ce qui est le plus spécifique à l’humain

 

 

3

 

le lendemain

la larme était sur une feuille

plus tard quand la lumière se fit plus vive

la larme s’évapora absorbée par un nuage

un énorme nuage

le lendemain

le nuage couvrait tout le ciel

de grosses gouttes de pluie commencèrent à tomber

 

la larme était là

 

 

4

 

la vitesse est égale à l’espace divisé par le temps

un mobile, quel qu’il soit, qui parcourt des espaces égaux dans des intervalles de temps égaux est une montre

 

une montre est faite de mots

car la montre matérialise les phrases qui nous ont permis de penser qu’un objet mobile permettait de mesurer le temps

les mots font donc des montres

qui elles-mêmes sont faites de mots

et qui nous permettent de nous retrouver pour en parler

 

 

 

5

 

un homme a dit à la radio

que si l’eau du barrage lointain se transforme en illumination de nos maisons

c’est parce que le réel de la lumière est contenu et occulté dans l’eau jusqu’à ce que l’activité humaine

guidée par la science

le dévoile

le fasse surgir

 

 

6

 

nous allons dans des directions opposées mais au bout du compte quand le tour est fini pourquoi ne se croise-t-on jamais ?

mon mouvement rentre en dedans pour se reposer

je coule sur moi-même

 

qui suis-je ?

je suis un escalator

 

 

7

 

quand la pluie s’arrêta

une flaque d’eau s’était formée sur le chemin

la larme était là

un chien passa

le chien but la larme avec l’eau de la flaque

alors il comprit pourquoi j’avais pleuré

il devint triste et versa une larme

 

 

8

 

en tant qu’escalator

je permets d’aller du rez-de-chaussée du centre commercial au 3ème étage

où il y a le rayon des montres

quand je suis un escalator les mouvements de mes yeux balayent l’espace en flottant

sans mon corps

je suis un mouvement caméra

je suis un nuage

 

9

 

la vitesse est égale à l’espace divisé

par le temps

le nombre d’objets du centre commerciale

que j’aperçois à vitesse constante

entre le 0 et le 3ème étage

est égal à mon désir d’anticiper le bien-être que me procurera cette prochaine montre

 

 

10

 

ma prochaine montre

mon prochain escalator

mon prochain nuage

mes yeux flottent

je suis un mouvement caméra

je suis une goutte

 

 

11

 

 

pense à ceci

 

lorsqu’on t’offre une montre

on t’offre un petit enfer fleuri

une chaine de roses

un cachot fait d’air

on t’offre

 

– ils ne le savent pas, ce qui est terrible c’est qu’ils ne le savent pas –

 

un nouveau morceau fragile et précaire

de toi-même

quelque chose qui est à toi mais

qui n’est pas ton corps

qu’il faut attacher à ton corps avec son bracelet comme un petit bras désespéré suspendu à ton poignet

 

on ne t’offre pas une montre

c’est toi qui es offert

on t’offre pour l’anniversaire de la montre

 

 

 

 

 

 

12

 

quand je me sens vraiment mal

je vais au centre commercial

au rayon des montres

et je les regarde

ça me détend de voir

leur micro-mouvements bien alignés

bien ordonnés

c’est beau

 

mon visage fait lui aussi des micro-mouvements

mon visage est aussi une surface réfléchissante

 

je suis peut-être une montre

[1, 3, 7 ] = extraits de Histoire d'une Larme, Katsumi Komagata, Les trois ourses, 2012 [5] = citation après "radio" de Malaise dans la culture technologique, l'inconscient, la technique et le discours capitaliste, Néstor A.Braunstein, Le bord de l'eau, 2014, p.33 [11 ] = Cronopes et fameux, Julio Cortặzar, Gallimard, 1993

"~

Alarme, 2019, installation vidéo HD couleur 7'31" en boucle,

vidéo-projection, enceintes, gélatine, moquette, bois, acier,  dimension variable.

Installation présentée à la Villa Radet -- Cité internationnale des arts

dans le cadre de Prologue I : Tongue on tongue, nos salives dans ton oreille

Avec le soutien de Prologue collective : Alexandra Goullier Lhomme, Sandrine Honliasso, Anabelle Lacroix et Alexandra Pedley